La percée de Podemos aux élections en Espagne – la mission impossible de Rajoy

Podémos, 3° parti désormais – Les conservateurs n’ont plus la majorité absolue et ont perdu un tiers de leurs sièges … ! La fin du bipartisme et le, début de l’anti-austérité…  L’isolement de l’Allemagne en Europe ? Le rejet de Rajoy par les socialistes … il reste deux mois pour conclure un nouvel accord de gouvernement, sinon c’est le retour aux urnes !

http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/espagne-comment-mariano-rajoy-pourrait-rester-a-la-moncloa-539374.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20151231

http://www.lecho.be/economie_politique/europe_elections/Les_socialistes_espagnols_ne_veulent_pas_s_allier_a_Mariano_Rajoy.9713757-7777.art?itm_campaign=newsteaser

http://www.nytimes.com/2015/12/23/world/europe/election-results-in-spain-are-a-stinging-end-to-europes-year.html?nl=todaysheadlines&emc=edit_th_20151223&_r=0

http://www.commondreams.org/news/2015/12/21/spanish-election-results-anti-austerity-fever-spreads-across-europe

http://theconversation.com/spain-votes-for-change-but-has-no-idea-what-government-itll-end-up-with-52583?utm_medium=email&utm_campaign=Latest%20from%20The%20Conversation%20for%20December%2022%202015%20-%204032&utm_content=Latest%20from%20The%20Conversation%20for%20December%2022%202015%20-%204032+CID_f6743ef26eac7b7d765b13223bdf6b11&utm_source=campaign_monitor_uk&utm_term=Spain%20votes%20for%20change%20%20but%20has%20no%20idea%20what%20government%20itll%20end%20up%20with

http://www.lecho.be/economie_politique/europe_elections/Comment_Podemos_est_devenu_incontournable_en_deux_ans.9713015-7777.art?utm_campaign=EVENING_ROUNDUP&utm_medium=email&utm_source=SIM

Le chômage est toujours de 21,2% des actifs et de 49% des jeunes

http://www.latribune.fr/economie/espagne-les-conservateurs-arriveraient-en-tete-des-elections-legislatives-537703.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20151221

Espagne Les (mal)aisés

A la veille des élections générales, le discours optimiste du gouvernement sur la reprise reste un mirage pour de nombreux Espagnols. Y compris dans les classes supérieures

Un article du « Monde »  des 20-21 décembre 2015 – Sandrine Morel

Assise devant la cheminée, dans son coquet pavillon de Villanueva de la Cañada, petite ville de la grande banlieue madrilène, Ana, directrice financière de 40  ans qui souhaite garder l’anonymat, n’ose pas se plaindre. Elle a perdu la moitié de son salaire durant la crise mais, par pudeur, commence par rappeler qu’autour d’elle,  »  d’autres souffrent davantage  « .

En Espagne, alors que la reprise économique semble se consolider, avec une croissance de 3,1  % attendue cette année et près de 600  000  emplois créés en  2015, la misère s’est étendue. Plus de 29  % des Espagnols se trouvaient en situation de risque de pauvreté ou d’exclusion sociale en  2014, 2  points de plus qu’en  2013. Un record. Parmi eux, 400  000 vivent dans une extrême pauvreté, avec moins de 300  euros par mois.

Ana  n’a ni froid ni faim. Mais la crise l’a touchée, elle aussi. Elle fait partie de cette ancienne classe aisée qui se sent aujourd’hui déclassée, de cette génération de quadragénaires qui avait atteint une position enviable dans la société espagnole de l’avant-crise et qui a aujourd’hui perdu son niveau de vie, son confort, mais aussi la reconnaissance sociale.

Depuis deux mois, cette mère de deux fillettes de 3  et 5  ans est au chômage. Une nouvelle fois. Depuis qu’elle a été licenciée de son poste de directrice financière d’une multinationale italienne en  2012, elle alterne entre des périodes d’inactivité et des postes aux salaires de plus en plus bas et aux durées de plus en plus courtes.

Le chômage, même s’il a baissé par rapport à 2013 quand il frappait 26,9 % des actifs, demeure à un niveau dramatique en Espagne  : 21,2  % des actifs, 49  % des jeunes. Les emplois créés, essentiellement temporaires, et les maigres salaires qui les accompagnent expliquent sans doute que le discours de campagne du président du gouvernement, Mariano Rajoy, centré sur la reprise, ne séduise guère les Espagnols, qui souffrent de la crise depuis 2008. Le chef de file du Parti populaire (PP, droite) remet son mandat en jeu dimanche 20  décembre lors des élections générales. Même si son parti est le favori dans les sondages, il pourrait connaître le pire résultat de son histoire en passant de 44  % des voix en  2011 à moins de  28  %.

Il y a quatre ans, Ana touchait 63  000  euros par an, avec voiture de fonction et assurance privée, pour diriger une équipe de 23  personnes dans une entreprise qui réalise un chiffre d’affaires de 140  millions d’euros par an.  »  C’était même un salaire plutôt bas par rapport à mes responsabilités  « , se souvient-elle. Aujourd’hui, elle a fait une croix sur un tel montant, malgré ses quinze années d’expérience, son anglais courant, sa formation solide.

Une période d’essai de douze moisAprès un an sans emploi, elle a fini par accepter un poste de technicienne financière rémunéré 32  000  euros par an, tout en continuant à chercher un poste de directrice. Elle en trouve finalement un, affiché à 60  000  euros. Elle est sélectionnée.  »  Mais au moment de signer mon contrat, on me dit que le salaire est de 40  000  euros parce qu’ils ont reçu beaucoup de candidats et qu’ils se sont rendu compte qu’ils pouvaient baisser la rémunération, raconte-t-elle. Dans l’entreprise, il y avait plus de stagiaires que de salariés, des jeunes non rémunérés à qui on donnait seulement 80  euros pour payer le transport  « , ajoute-t-elle.

Elle est licenciée un an plus tard, après avoir réorganisé tout le service financier et permis d’importantes réductions de coûts.  »  J’avais signé pour une période d’essai de douze mois, comme le permet la réforme du travail – votée en  2012 par le PP pour flexibiliser le marché de l’emploi en réduisant, notamment, les coûts de licenciement – . Je n’ai donc eu aucune indemnité, et l’entreprise a rembauché une personne moins bien payée.  « 

Alors, elle enchaîne à nouveau les entretiens. On lui dit qu’elle a trop d’expérience. Elle rédige trois CV plus ou moins complets, qu’elle présente en fonction des postes qu’elle brigue. Cet été, elle trouve un poste de directrice financière junior, rémunéré 36  000  euros, dans  »  une start-up qui vit des subventions et des aides à l’embauche. Toutes les semaines, trois personnes étaient licenciées et trois autres embauchées. Ils n’avaient que faire de l’expérience et de la qualité du travail  « .

Certains soirs, elle doit rester jusqu’à minuit. Les week-ends, elle fait des heures supplémentaires, non rémunérées.  »  On était obligés, mais on devait signer un document stipulant qu’elles étaient volontaires  « , dit-elle. En octobre, elle est licenciée,  »  pour embaucher encore moins cher  « .

 »  La reprise, je n’y crois pas, assure Ana. Autour de moi, j’ai beaucoup d’amis au chômage, dans des situations très difficiles. Pour moi, tout cela ce n’est qu’un slogan pour gagner les élections.   » Pourtant, les indicateurs sont au vert  : le tourisme a le vent en poupe, la reprise de la consommation (+3,4  % en un an) a redonné un coup de fouet au commerce, le regain d’intérêt des investisseurs internationaux a réactivé l’immobilier, le secteur financier semble assaini et les entreprises ont augmenté leurs marges.

Mais le message du gouvernement, qui s’appuie sur ces chiffres pour se targuer d’avoir remis le pays sur les rails, ne passe pas chez les oubliés de cette reprise, qui s’est accompagnée d’une forte augmentation des inégalités sociales. Et certains économistes ne cachent pas non plus leur scepticisme.

Dans une analyse publiée fin octobre, la Fondation pour les études d’économie appliquée rappelle que le taux d’emploi à durée déterminée a augmenté d’un point et demi en un an, à 26,15  %, et que 84  % des contrats temporaires signés ont une durée inférieure à trois mois. La fondation conclut qu’ »  il n’y a pas de doute que les perspectives de stabilité à moyen terme, pour l’emploi créé actuellement, sont faibles ou nulles  « .

Pour sortir de la crise, l’Espagne ne pouvait pas dévaluer sa monnaie, comme elle l’avait fait avec la peseta lors de précédentes crises. Du coup, elle a dévalué les salaires. La Banque d’Espagne a reconnu que les statistiques officielles reflètent mal l’ampleur de cette baisse des revenus. Le chômage ayant frappé en premier lieu les bas salaires, la moyenne des salaires a mathématiquement augmenté. Et aujourd’hui, la baisse se situe  »  seulement   » autour de 7  %. Mais un rapport de l’agence Thomson Reuters estime que les revenus réels d’un Espagnol moyen auraient baissé de 25  % depuis le début de la crise.

La vie d’Ana a changé du tout au tout. Le temps des vacances en club, des voyages à l’étranger est fini, tout comme celui des vêtements de marque et des restaurants le week-end. Avec les 2  600  euros que gagne son mari comme manager informatique, elle doit faire face aux 1  200  euros de loyer de la maison, aux 750  euros de traites d’un appartement qu’ils avaient acheté au plus fort de la bulle et qu’ils ne louent que 400  euros, à la cantine des enfants qui a augmenté…

 »  On va à cloche-pied  « Elle économise sur le chauffage, a licencié sa femme de ménage, achète les habits de ses filles au supermarché, privilégie les marques de distributeur.  »  J’ai la sensation de me battre pour essayer de conserver un certain train de vie, mais je compte tout. Cet été, au lieu d’aller à Disneyland, comme on l’avait promis aux filles, nous sommes partis une semaine à Almuñecar – province de Grenade – dans l’appartement de mes parents. Mon mari a abandonné la moto et le padel – sport de raquette à la mode dans la classe moyenne espagnole – , énumère-t-elle. On essaie de ne pas renoncer à notre cercle d’amis, mais c’est difficile. Ils ont un autre rythme, dînent au restaurant, partent en vacances ensemble. Nous, on essaie de suivre, mais on va à cloche-pied.  « 

 »  En anthropologie, on dit que la chose à laquelle l’être humain est le plus sensible, c’est la détérioration de son environnement. En clair, lorsque son propre monde s’effondre, c’est une tragédie humaine, résume le sociologue Luis Garrido, professeur à l’université nationale d’enseignement à distance et spécialiste de l’emploi. Les jeunes peuvent s’adapter à des salaires bas  : ils passent du chômage à l’emploi, c’est déjà une progression. Alors qu’une chute importante de revenus génère une grande frustration.  « 

Des jeunes qui vivent chez leurs parents se contentent d’une paie de 800  euros. Et certains sautent de joie quand ils décrochent un stage à 600  euros – ils n’ont pas connu autre chose et entrent dans la vie professionnelle avec ce salaire, sans regret.  »  Aujourd’hui, je veux juste un salaire, et essayer de me maintenir dans la classe moyenne, résume Ana. Comme je réponds à présent aux critères des aides à l’embauche des femmes de plus de 40  ans, j’aurai peut-être de la chance…  « 

Sandrine Morel

© Le Monde

http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/12/21/espagne-former-un-gouvernement-la-mission-impossible-de-mariano-rajoy_4835541_3214.html

http://www.francetvinfo.fr/monde/espagne/les-trois-enseignements-des-elections-historiques-en-espagne_1233029.html

http://www.lecho.be/economie_politique/europe_elections/Les_Espagnols_enterrent_le_bipartisme.9712860-7777.art?utm_campaign=BREAKING_NEWS&utm_medium=email&utm_source=SIM

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